Pourquoi mon enfant dit toujours non ?
Quelque part entre 1 et 3 ans, de nombreux parents ont l’impression que le « non » devient soudainement le mot préféré de leur enfant. Des gestes les plus classiques aux moments importants de la journée, tout semble devenir matière à négociation.
Cette période, parfois appelée phase d’opposition ou « phase du non », peut-être éprouvante pour les parents. Elle constitue pourtant une étape importante du développement. L’enfant découvre progressivement qu’il est une personne à part entière, avec ses propres envies.
Mais pourquoi les jeunes enfants disent-ils autant « non » ? Et surtout, comment réagir sans transformer chaque moment du quotidien en rapport de force ?
Sommaire :
Pourquoi mon enfant dit-il « non » à tout ?
Au cours de ses premières années, l’enfant acquiert rapidement de nouvelles compétences. Il marche, communique de mieux en mieux et gagne peu à peu en autonomie. Il découvre également qu’il peut faire des choix et exprimer ses propres envies. Dire « non » devient alors un moyen particulièrement efficace de l’affirmer !
Comme expliqué dans cet article de Mpedia, entre un et trois ans, l’enfant développe ses capacités à devenir autonome et à s’affirmer. L’opposition participe à la construction de son identité. Il prend progressivement conscience qu’il est un individu à part entière, avec sa propre pensée et sa propre volonté.
Le fameux « non » n’est donc pas nécessairement une provocation destinée à mettre les nerfs de ses parents à rude épreuve ! Il peut simplement vouloir dire : « Je veux décider », « Je veux faire tout seul » ou tout simplement « J’ai compris que je pouvais dire non et j’expérimente ce nouveau pouvoir ! »
La phase du non est-elle normale ?
Oui, même si tous les enfants ne la vivent pas avec la même intensité.
Cette affirmation de soi apparaît généralement autour de 18 mois, au moment où l’enfant commence à bien comprendre qu’il est une personne disctincte de ses parents et cherche à marquer davantage cette différence.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut tout accepter. Grandir consiste aussi à découvrir que ses envies peuvent parfois rencontrer des limites. On ne peut évidemment pas traverser la route seul, taper un autre enfant ou refuser indéfiniment de partir lorsqu’il est l’heure de quitter le parc !
L’enjeu pour l’adulte est donc de trouver un équilibre : permettre à l’enfant de s’affirmer et de gagner en autonomie tout en maintenant un cadre sécurisant.
Comment réagir face à un enfant qui dit toujours non ?
Lorsque chaque habillage, repas ou départ semble devenir une négociation, quelques astuces peuvent faciliter le quotidien.
1. Lui proposer de vrais petits choix
Donner à l’enfant la possibilité de décider dans certaines situations permet de répondre à son besoin croissant d’autonomie. Par exemple, au moment de s’habiller, plutôt que lui demander s’il veut s’habiller alors ce n’est pas vraiment une option, on peut demander à l’enfant s’il préfère mettre le pull vert ou le pull bleu. La limite reste fixée par l’adulte (il faut s’habiller), mais l’enfant dispose d’un espace de décision. C’est ce qu’on appele le choix limité, qui permet à l’enfant d’exercer son autonomie à l’intérieur d’un cadre défini par l’adulte.
2. Mettre des mots sur la frustration
Accepter l’émotion ne signifie pas céder à la demande. Un enfant peut avoir parfaitement le droit d’être frustré parce qu’il ne veut pas quitter le parc… Alors le parent peut parfaitement maintenir qu’il est l’heure de rentrer ! Dire à son enfant quelque chose comme « Je sais que tu aurais préféré rester au parc, mais il est l’heure de rentrer » permet de lui montrer que l’on reconnaît et que l’on comprend son émotion, tout en maintenant notre position. Selon le Référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, mettre des mots sur les émotions contribue progressivement à leur régulation.
3. Prévenir les changements plutôt que les imposer brutalement
Arrêter de jouer, quitter le parc ou interrompre une activité passionnante peut être particulièrement difficile pour un jeune enfant. Lorsque c’est possible, anticiper la transition peut aider : « Encore un tour de tobbogan et on rentre »; « Dans cinq minutes, nous allons ranger les jouets pour aller manger ». On ne supprime pas toutes les protestations, mais cela permet à l’enfant de se préparer progressivement au changement.
4. Choisir les limites qui comptent vraiment
A force d’entendre « non » toute la journée, difficile de demander à un jeune enfant de ne jamais l’utiliser lui-même !
Toutes les situations n’ont pas la même importance. Certaines limites sont indispensables pour sa sécurité ou le respect des autres, alors que d’autres peuvent laisser davantage de place à l’exploration et l’apprentissage par soi-même.
Par exemple, plutôt que dire à l’enfant « Ne touche pas », il est parfois possible de modifier légèrement l’environnement pour qu’il puisse explorer sans danger.
L’accompagnement à la crèche
La phase d’affirmation ne s’arrête évidemment pas à la porte de la crèche. Chez Oursons & Cie, les professionnelles accompagnent quotidiennement les enfants dans leur recherche d’autonomie. Cela passe passe par de nombreuses petites actions : leur permettre de participer à certaines tâches, leur laisser des choix à faire, les encourager à faire seuls ou encore mettre des mots sur leurs émotions.
L’environnement joue également un rôle important. Les espaces sont adaptés pour permettre à l’enfant d’explorer librement et en toute sécurité, sans être constamment confronté à des interdictions.
Pour autant, certaines règles restent indispensables. Elles permettent d’assurer la sécurité de chacun et d’apprendre progressivement à vivre avec les autres.
L’objectif n’est donc ni d’empêcher l’enfant de dire non, ni de céder à toutes ses demandes, mais de lui permettre de construire son autonomie dans un cadre sécurisant.
Dire « non », c’est aussi grandir
Aussi fatigante soit-elle parfois pour les adultes, cette période témoigne d’une formidable évolution. L’enfant qui s’oppose découvre progressivement qu’il peut exprimer ses envies, faire des choix et agir sur son environnement. Il lui reste cependant beaucoup à apprendre : attendre, accepter une frustration, comprendre certaines règles ou encore découvrir que les autres ont eux aussi leurs propres envies. Ces apprentissages prennent du temps. Alors lorsque votre enfant vous répond « non ! » pour la quinzième fois de la journée, rappelez-vous qu’il ne cherche pas nécessairement à vous défier. Il est tout simplement en train d’apprendre et de grandir !